artist & performer


tipping point

installation, 2020

expositions
Champs Libres, MAIF Social Club


remerciements Julie Sicault-Maillé, Maurine Montagnat Rentier, Alexandra Petracchi, Antoine Meissonnier, Mod'Verre, Chloé Tournier, Artistik Bazaar, Marine Ulrich, Réso-nance numérique, Zinc, Nordine Abassi 
Ici, le terme Tipping Point -point de bascule- est pris dans son sens en sociologie qui se rapporte à un moment dramatique où quelque phénomène singulier devient commun.

En 2014, le glacier islandais Okjökull s’éteint. Il s’agit du premier glacier au monde reconnu comme « officiellement » disparu du fait des bouleversements climatiques et des pressions de l’être humain sur le système terre. En août 2019, une plaque commémorative a été déposée à l’endroit même ou le glacier se tenait, en présence de la Première ministre Islandaise et du ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles, sous l’impulsion d’une chercheuse américaine, Cymene Howe, venue étudier l’impact de la disparition des glaciers sur la population locale.

Selon le dernier rapport du GIEC daté de septembre 2019, on estime que l’essentiel des glaciers devraient perdre 80% de leur masse glaciaire d’ici 2100. Deux milliards de personnes seront directement impactées par la disparition de ces glaciers.

Cette tragédie à laquelle il est difficile aujourd’hui d’échapper représente, à elle-seule, un Tipping Point (point de bascule) à la fois climatique - un géant qui disparait - et humain - la reconnaissance officielle du phénomène par la pose d’une plaque à l'emplacement d'un glacier disparu - vers le Nouveau Régime Climatique (pour reprendre l’expression de Bruno Latour) avec lequel nous devons composer…

L’installation Tipping Point est un travail sensible et poétique invitant le regardeur à assister à la naissance d’un glacier artificiel  inspiré par les « stupas de glace » qui commencent à fleurir dans le Ladakh depuis 2014 sous l’impulsion de l’ingénieur Sonam Wangchuk (qui a ré-actualisé un savoir ancestral, la greffe de glacier) et destiné à lutter contre les pénuries d’eau lors des grandes sécheresses.

Sous un environnement confiné et maîtrisé, presque « in vitro » pour isoler l’embryon de glace de toute perturbation extérieure, un glacier perfusé grossit goutte après goutte.

Vanité contemporaine évoquant notre désir d’immortalité, il faudra… le temps de l’exposition pour que le glacier commence à ressembler à quelque chose, goutte après goutte, confrontant ainsi le regardeur au temps qu’il aura fallu au système terre pour créer ce glacier, ailleurs, en taille réelle, il y a 10000 ans.

Exercice à priori déceptif pour le regardeur qui se retrouve ainsi face à quelque chose qui n’est plus ou qui n’est pas encore, et pourtant, qui laisse place à la contemplation de ce qui a été et de ce que cela pourra peut être devenir : un glacier aujourd’hui disparu ou un nouveau glacier en formation, matérialisation du Tipping Point ou du Nouveau Régime Climatique qui est en train de se mettre en place.

La poétique dégagée par l’installation ne s’arrête pas seulement à cette question du point de bascule tant on pourra trouver d’analogie avec l’épineuse question de la réparation d’un climat déréglé, de l’emprise de l’être humain sur son environnement par l’industrialisation ou l’accessibilité à l’eau potable qui va se raréfier dans les années à venir… ou une évocation d’un laboratoire du vivant.

photos copyright HL - ERichard - Maif Social Club