artiste - éleveur d’icebergs

travaux   INSTA   BIO   CV   PRESSE   contact


manufacture poétique d’icebergs artificiels

installation
2017 - 2022


exposition
L’horizon des évènements, Stereolux
L’horizon des évènements, Un Singe en Hiver

production
Les Usines, La filature Ligugé
Création réalisée en coproduction avec la plateforme Chroniques - Région Sud.
Avec le soutien du Programme européen Risk Change et du Chateau éphémère.

Coffre fort glacé, l’Antarctique constitue la plus grosse réserve d'eau douce de la planète, de l'ordre de 90 %. Son sol est riche, et 20% de la réserve mondiale de pétrole, de gaz et de minerais y serait enseveli.

Officiellement, territoire neutre, démilitarisé, continent réservé à l’étude scientifique, l’Antarctique est une terra nulius, qui n’appartient à personne. Le traité de l’Antarctique écarte toute possibilité d’exploitation des ressources naturelles jusqu’en 2048.

Officieusement, certaines bases scientifiques font figures de portes drapeaux pour les états afin de revendiquer une partie du continent. En 2012, sous couvert de recherche scientifique, les Russes forent jusqu’à 3768m pour tester les technologies d’exploitation d’hydrocarbure en milieu polaire. Les Chinois cartographient les ressources du continent.

L’installation représente la carte du continent Antarctique, découpée en 350 unités icebergs. Unités que les publics sont invités à recomposer dans une nouvelle topographie, artificielle, de ce territoire. Cette mise en scène devient le support -de jeu- pour explorer les futurs enjeux liés au continent blanc, entre fiction géo-politique et projection géo-stratégique.







Genèse du projet (2017 - maintenant)

L’Arctique et l’Antarctique sont deux régions très différentes. La région Arctique a beaucoup fait parler d’elle cet été, et pour cause, 2017 2019 2023 aura été l’année la plus chaude, impactant tout à la fois (les glaces, les populations qui y habitent, la faune et la flore, le permafrost...) sur un territoire déjà très fragile, l’écosystème Arctique étant le plus récent (celui-ci date des premiers balbutiements de l’Homme dit civilisé en Mésopotamie il y a 10 000 ans à l’Holocène, tout un symbole).

Pourtant, et même si mes travaux et mes voyages m’ont amenés plutôt au Nord, j’ai choisi de déplacer, ou plutôt de placer mon propos en Antarctique, car cela me permet de tracer une fiction de ce qui peut advenir de ce continent en prenant appui sur ce qu’il se passe en Arctique. C’est aussi évoquer la dernière zone à priori neutre du globe, à priori le territoire le moins impacté par l’activité humaine. Et pourtant...

Les enjeux liés aux dérèglements climatiques ont remis l’Arctique au centre d’un certain nombre de préoccupations sur le plan géo-politique, ou plutôt géo-stratégique. Aux « fabuleuses opportunités commerciales » offertes par la fonte des glaces lancées de façon provocante par Trump lors du conseil pour l’Arctique cette année, Poutine répond par la mise à flot d’une centrale nucléaire flottante (la centrale Akademik Lomonosov) afin de permettre l’exploitation des sous-sols miniers arctiques, pendant que la marque canadienne Berg harponne les icebergs qui se détachent pour en vendre l’eau à prix d’or. Sans oublier ceux qui tentent de « réparer » le climat à grands coups d’innovations technologiques et d’annonces fracassantes. A n’en pas douter, l’Arctique représente ce fabuleux terrain de jeu dont le système Terre se passerait bien et qui précipite la question de savoir « Ou Atterrir » dans ce Nouveau Régime Climatique qui ne s’arrêtera pas aux frontières, pour reprendre les termes de Bruno Latour.

Loin de tout, l’Antarctique semble un peu oublié dans ces enjeux; pourtant, son sous-sol regorge de charbon, de pétrole, de gaz naturel, de minerais. Quant à sa surface, le continent blanc représente la plus grosse réserve d’eau douce au monde. C’est aussi le dernier écosystème marin presque intact de la planète. Presque... La barrière ouest Antarctique, aujourd’hui la plus fragile, est d’ors et déjà responsable de 4% de la montée des eaux sur notre système terre. Si l’ensemble de l’inlandsis de l’Antarctique venait à fondre intégralement, cela représenterait 60 mètres de montée des eaux.

Dès lors, on est en droit de se poser la question de savoir si l’exploitation du Nord ne serait pas une répétition, un entrainement pour s’attaquer au Pôle Sud, ce qui constitue le début de ma fiction autour de l’Antarctique que j’ai choisi d’intituler la Manufacture Poétique d’Icebergs Artificiels.

Territoire neutre, démilitarisé (l'Antarctique est la seule zone démilitarisée acceptée par les États-Unis), continent réservé à l’étude scientifique, le traité de l’Antarctique écarte toute possibilité d’exploitation des ressources naturelles jusqu’en 2048. Il est probable que ce traité soit renégocié de par l’enjeu géo-stratégique que représente ce continent, ne serait ce que par les grandes puissances occidentales aux vues des intérêts économiques et stratégiques que représentent ce territoire.

Au delà de ces aspects, explorer l’Antarctique comme un symbole me permet d’évoquer de multiples questions qui touchent à la fois à son exploitation industrielle, son découpage en portions ou en tranches et de son artificilialisation progressive.

Parler de l’Antarctique, c’est en quelque sorte parler de ce qui est peut être un des derniers poumons de l’humanité, au propre comme au figuré: nos glaces.

Texte rédigé en 2017, mis à jour en 2023




contact
︎ bart (at) ibal (dot) tv
︎ +33 6 81 71 44 86

represented by Tallieu Art Office

Ischa Tallieu
︎ tallieu@artoffice.be
︎ +32 9 222 00 33
www.artoffice.be


︎    ︎    ︎