artist & performer

ce qui disparait se transforme immédiatement en éternité

en collaboration avec Antoine Meissonnier
Installation, 2021

exposition:
hIAtus, PZZL

production:
PUZZLE, Tiers Lieu Thionvillois


remerciements:
Grimac, Jeff, Clément, Miguel


Les Nouveaux Régimes Climatiques (terme emprunté à Bruno Latour) et le dernier rapport spécial du GIEC sur les océans et la cryosphère datant du 25 septembre 2019 ont remis sur le devant de la scène, la question cruciale de la disparition de la cryosphère, de l’accès à l’eau douce et de la montée des eaux. L’Arctique est à son niveau de glaciation le plus bas, l’Antarctique produit des images sensationnelles de géants de glace se détachant, les glaciers perdent leur masse à vue d’oeil et deviennent de véritables générateurs d’icebergs en continue.

Ces mêmes Nouveaux Régimes Climatiques ont introduit également une question étrange et un nouveau rapport au temps: pouvons-nous modifier la trajectoire climatique qui s’en vient ? En avons nous encore le temps ? Les capacités ? Les moyens ? Derrière ces questions, un espoir revient fréquemment qu’il nous appartient de questionner voir de remettre en question: les technologies - numériques, géo- climatiques, chimiques, de deep-learning - nous aiderons à garder la tête hors de l’eau.

Et si l’existence des icebergs ne tenaient qu’à un fil ? Et s’il suffisait d’une pichenette pour les déséquilibrer ?

L’installation explore cet imaginaire sous la forme d’une installation évolutive mettant en scène un laboratoire fictionnel de mesure de fonte de mini-icebergs symboliques, générés en glace, placés en cellule d’analyse dans le but de trouver l’iceberg ultime, celui qui, de par sa forme, fera consensus, celui qui mettra le plus temps à fondre, basé sur les analyses des icebergs précédemment générés en faisant appel à un algorithme génétique développé pour l’installation afin de résoudre ce problème d’optimisation climatique...

Evidemment, le postulat de départ est absurde, et ironique. Tout comme l’idée d’imaginer pouvoir « réparer » le climat en prolongeant artificiellement la vie des icebergs en faisant appel à un algorithme génétique1.

La Patrouille Internationale des Glaces (International Ice Patrol) créée suite au naufrage du Titanic est chargée de surveiller (tracker) et de relever la présence d'icebergs et de zones de glaces sur le globe. Chaque iceberg est ainsi nommé selon sa provenance. En rouge, le tracé de la trajectoire de l’iceberg B-15-N qui s’est détaché en 2010 de l’iceberg mère B-15 (lui-même issu de la barrière de Ross en Antarctique en 2000). Le tracking cité en exemple a duré 82 jours. Source: The Antarctic Iceberg Tracking Database


Darwinisme des glaces.
L’eau se réchauffe, les vents s’intensifient, le climat se dérègle, imposant ici de nouvelles règles évolutionnistes au Système Terre forcé de s’adapter. L’iceberg est ici utilisé comme symbole: sa production dans le Système Terre s’accélère, mais force est de constater que celui-ci est incapable de s’adapter à la rapidité des changements auxquels nous faisons face. A la manière d’un organisme biologique qui mute pour s’adapter, nous cherchons donc à développer un iceberg capable, par sa forme et sa constitution, de résister le plus longtemps possible à la crise climatique.

Chaque iceberg est nommé selon sa provenance et classifié en fonction de sa taille, de sa forme (partie émergée) et parfois de leur couleur: iceberg tabulaire, trapu, biseauté, érodé, pointu, en dôme. Source: Environnement et changement climatique Canada


L’Algorithme Génétique développé pour l’installation permet de générer des icebergs à sculpter qui sont ensuite analysés. Les résultats seront ré- injectés dans l’Algorithme Génétique de manière à générer une nouvelle population d’icebergs cobayes en tentant des améliorations de forme. Et ainsi de suite jusqu’à trouver le meilleur rendement.

La simplicité du dispositif, son accessibilité et son interactivité permettent la mise en place de temps de médiation mais aussi d’ateliers pour inviter le public à jouer avec les paramètres de l’Algorithme Génétique et ainsi, tenter d’améliorer ces prototypes.

Notes.
1. Les Algorithmes Génétiques appartiennent à la famille des Algorithmes Evolutionnistes. Leur but est d’obtenir une solution approchée à un problème d’optimisation lorsqu’il n’existe pas de méthode exacte pour le résoudre en un temps raisonnable. Les algorithmes génétiques utilisent la notion de sélection naturelle et l’appliquent à une population de solutions potentielles au problème donné, de manière à affiner les résultats au fur et à mesure des itérations. Ces algorithmes génétiques sont basés sur des phénomènes biologiques et la théorie de l’évolution de Charles Darwin.